Biographie
Jérôme
Lejeune 1927-1994
Jean de Grouchy
Directeur de Recherche honoraire au CNRS
Le Professeur Jérôme
Lejeune est décédé, à 67 ans, emporté
par un cancer. Un mal à l'étude duquel il avait consacré
une partie de son activité de recherche.
Jérôme Lejeune était un enfant des
environs de Paris. Nous avons fait connaissance dans une caserne parisienne,
en route pour notre service militaire en Allemagne. Lui venait d'entrer
«en génétique» dans l'équipe du Professeur
Raymond Turpin et moi-même dans celle du Professeur Maurice Lamy.
Malgré cette rivalité au sommet, nous sommes demeurés,
jusqu'à sa fin, les meilleurs amis du monde.
Très tôt, Jérôme Lejeune fut
fasciné par l'énigme que posait le mongolisme. Toutes les
hypothèses avaient été émises pour expliquer
l'étiologie de cette «condition» : hérédité
récessive, hérédité dominante, anomalie chromosomique.
Jérôme Lejeune pensait qu'il pouvait s'agir d'une anomalie
semblable à la duplication Bar décrite chez la drosophile.
Il rencontra dans le service le Docteur Marthe Gautier qui lui apprit
les techniques de culture de fibroblastes qu'elle venait d'acquérir
aux États-Unis. Cette collaboration, ainsi que la mise au point
des « premières » techniques de cytogénétique,
aboutit en 1959 à la publication dans les Comptes Rendus de l'Académie
des Sciences d'une note décrivant la présence chez les enfants
mongoliens d'un petit chromosome acrocentrique surnuméraire. Cette
découverte, de ce qui devint plus tard la trisomie 21, revêt
une importance considérable puisqu'elle ouvrait la voie à
une science nouvelle, la cytogénétique, humaine d'abord,
animale ensuite. Son développement, exponentiel en de multiples
directions, devait permettre de connaître les secrets du matériel
héréditaire.
Les découvertes de Jérôme Lejeune en cytogénétique
s'enchaînèrent rapidement : la description de la maladie
du cri-du-chat, par délétion de 5p ; la première
translocation entre grands acrocentriques; de nombreuses aneusomies partielles;
la théorie des anneaux... Il proposa le concept de type et contretype,
selon lequel deux syndromes dus, l'un à une monosomie, et l'autre
à une trisomie, pour le même segment chromosomique, s'opposent
par leurs signes cliniques, par exemple brachy- versus dolichomésophalangie.
Autre contribution, la gémellité monozygote hétérocaryote,
caractérisée par l'existence de jumeaux « identiques»
par leurs groupes sanguins et leur tolérance immunologique à
la greffe de peau réciproque, mais qui diffèrent par une
seule paire de chromosomes. La première observation de Jérôme
Lejeune concernait des jumeaux, l'un mâle, 46, XY et l'autre atteint
d'un syndrome de Turner, 45, X. Ils résultaient, selon lui, de
deux accidents survenus simultanément, à savoir la formation
de jumeaux monozygotes et la formation d'une mosaïque 46, XY/45,
X par perte de l'Y chez l'un des jumeaux. D'autres observations ont été
publiées par Jérôme Lejeune, en particulier un couple
monozygote trisomique 21/normal.
Et surtout ! Jérôme Lejeune a eu recours à cette forme
de gémellité pour expliquer la survenue, au cours de l'évolution
des espèces, d'un couple ancestral mâle/femelle dont les
individus étaient porteurs d'un même remaniement, la translocation
du chromosome 2, réduisant le nombre chromosomique de N=48 chez
les Pongidés à N=46 chez l'homme. Ce couple pouvait n'être
autre qu'Adam et Ève.
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Découvreur
de la première anomalie chromosomique chez l'homme : la Trisomie
21.
Père de la génétique
moderne, il fut titulaire de la première chaire de génétique
fondamentale à Paris.
Chef de l'unité de
cytogénétique (étude des chromosomes) à
l'Hôpital Neker des Enfants Malades à Paris, sa consultation
devient l'une des plus nombreuses au monde. Il étudie plus
de 30 000 dossiers et soigne près de 9000 patients.
Scientifique reconnu
dans le monde entier :
membre de
l'institut,
de l'Académie
de Médecine,
de l'Académie
Pontificale des Sciences,
de l' American
Academy of Arts and Sciences,
il fut le premier Président
de l'Académie Pontificale pour la Vie, créée
par Jean Paul II.
Docteur "honoris causa",
le professeur Lejeune a reçcu de nombreux prix dont le prestigieux
Prix Kenedy des
mains du Président Kennedy en 1962, et le William
Allen Memorial Award en 1969.
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